Saint-Pierre lève le voile

31/10
2013
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Après 594 jours de chantier, des mois de restauration, des dizaines d’entreprises intervenantes, le croisement d’une multitude de corps de métiers et des façades longtemps…

Après 594 jours de chantier, des mois de restauration, des dizaines d’entreprises intervenantes, le croisement d’une multitude de corps de métiers et des façades longtemps tapies derrière de nombreux échafaudages, la voici enfin. L’église Saint-Pierre, objet de toutes les attentions et fruit du mystère depuis deux ans déjà, (ré)ouvre ses portes et tourne une nouvelle page de son Histoire… Restaurée pour retrouver son éclat du passé, c’est aujourd’hui une vraie renaissance du monument que vont découvrir les Plaisirois.

Inauguration de l’église Saint-Pierre
Samedi 16 novembre
18h30 – 22h30
Parvis de l’église
Illumination des façades, coupure du ruban, remise des clefs, projection vidéo, etc.

081013 Eglise - 75   Un maître d’oeuvre à l’ouvrage

A la fois conseiller technique, fin connaisseur de l’Histoire, manager, coordinateur ou informateur, l’architecte, tout comme les monuments qu’il bâti ou qu’il restaure, possède de multiples facettes. Le chantier de l’église Saint-Pierre a été confié aux soins de Pierre-André Lablaude, Architecte en Chef des Monuments Historiques. Après plus d’un an et demi de travaux, il revient sur ce chantier à la fois méticuleux et captivant.

L’Essentiel : En tant qu’Architecte en Chef des Monuments Historiques, quel a été votre rôle auprès des différents acteurs de ce chantier ?

Pierre-André Lablaude : Le rôle classique d’un architecte est d’abord celui de concevoir un avant-projet, duquel découle un projet concret. Lorsque l’on travaille sur un bâtiment ancien, nous devons établir un diagnostic de son ancienneté, de son histoire. C’est en quelque sorte un travail de « médecin », nous devons diagnostiquer les pathologies dont il souffre. A Plaisir, l’enjeu était à la fois de rétablir la stabilité des fondations tout en repensant l’aménagement, afin de répondre aux besoins du fonctionnement cultuel. L’architecte intervient alors en qualité de « conseiller technique » : il propose une solution pratique tout en mettant en valeur le caractère historique du monument. Une fois les travaux lancés, l’architecte informe régulièrement son maître-d’œuvre, coordonne les entreprises sur le chantier, se fait l’intermédiaire avec les exigences archéologiques et conduit le chantier.

L’E : Qui est décisionnaire du projet définitif ? Le maître-d’œuvre ou le maître-d’ouvrage ?

P-A L : Il arrive que certaines demandes soient contradictoires avec la configuration d’un bâtiment, notre rôle est alors de trouver un compromis face à des impératifs parfois antagonistes. Nous nous devons d’écouter la demande du maître-d’œuvre, le conforter dans sa démarche si nous estimons que l’objet du projet vaut la peine d’être restauré, après avoir appréhendé sa valeur historique. Plaisir a connu un développement urbain très important et en tant qu’architectes, nous avons compris que nous devions faire de cette église un élément identitaire, voué à renforcer l’identité des habitants de la communauté. Nous avons donc proposé une approche à la municipalité en démontrant que ce patrimoine compte au-delà du culte religieux, qu’il existe dans une dimension à la fois historique et culturelle. Notre rôle ici a été de convaincre, d’expliquer et de soutenir.

L’E : Quel était le défi de ce projet ?

P-A L : Nous vivons dans un développement urbain continu, une mondialisation grandissante. Les gens voyagent, ont de la famille à l’étranger et possèdent donc une vision du monde beaucoup plus large. L’avancée technologique peut être très enrichissante mais aussi déstabilisante. Les gens ont besoin de (re)trouver un point d’ancrage, un sentiment d’appartenance à une communauté. Nous devions faire de l’église Saint-Pierre un support à ce besoin dans un monde contemporain, un retour dans le passé. Nous avons voulu lui redonner le ton d’une ancienne église villageoise tout en l’adaptant aux contraintes fonctionnelles d’aujourd’hui, soit l’éclairage, le chauffage, le son, etc.

L’E : Quelles sont les principales difficultés rencontrées sur un tel projet ?

P-A L : Notre problème le plus périlleux a sans doute été la stabilité du clocher. Nous avons dû mettre en place ce chantier dans la plus grande prudence afin de prévenir tout risque d’accident. Les nombreuses interventions archéologiques nous ont également contraints quant au planning, mais la municipalité s’est impliquée dans ce projet avec tellement de détermination que cela a pallié aux difficultés ! Il est rare de voir autant d’investissement (financier et énergétique) dans un édifice de cette taille. L’équipe municipale s’est vraiment convaincue de l’effort à fournir, et nous a permis de fournir un travail fini et soigné. Nous avons pu clôturer ce projet dans son ensemble, au-delà des murs, pour un résultat parfait.

L’E : En quoi la restauration d’un monument religieux, en l’occurrence une église, est-elle particulière ?

P-A L : Dans ce projet, nous devions intégrer la présence de la communauté paroissiale dans les aménagements. Il faut aussi avoir une solide connaissance religieuse, notamment pour la restauration des édifices tels que les statues, les décors… Nous avons travaillé avec le corps ecclésiastique et consulté le père Allouchery pour l’implantation de l’autel par exemple, qui doit bénéficier d’une fonctionnalité pratique mais dont le culte nécessite un ajustement. L’église de Plaisir est petite mais la pratique religieuse y est importante, elle justifie cet investissement et cette restauration. L’usage d’un monument est aussi un moyen d’en garantir la bonne conservation.

L’E : Avez-vous obtenu le résultat escompté ?

P-A L : Nous établissons des plans, mais la réalité est parfois différente. Ici nous avons notamment eu la chance de découvrir les peintures murales de la chapelle Nord et du chœur, qui sont venues enrichir ce chantier. J’étais également très heureux du travail réalisé pour les vitraux du chœur, qui imitent des vitraux anciens du XVe siècle et renforcent l’identité de l’église. Certaines décisions se prennent parfois sur le chantier et non sur le papier, au fur et à mesure que l’on avance. De par notre expérience, on s’attend au résultat et on arrive à se l’imaginer d’après les plans, mais le moment où l’on retire les échafaudages est traditionnellement synonyme à la fois d’angoisse et de plaisir : il y a toujours une surprise, un bonus. La dimension artistique prend ici tout son sens.

L’E : Après deux ans de travaux, quel bilan dressez-vous de ce chantier ?

P-A L : Depuis le début, j’ai toujours eu le sentiment que tout ce que l’on a proposé et entrepris a reçu le soutien de la municipalité et de la paroisse. Nous avons bénéficié d’un accompagnement fidèle et constant de la communauté de Plaisir, et le soutien de la Ville a transparu dans l’énergie des ouvriers, dont le travail a été de nombreuses fois valorisé. Ils exercent un métier dur, physique et usant et Plaisir a contribué à souder et motiver les entreprises en faveur du projet.
D’un autre côté, le chantier s’est déroulé dans une très bonne ambiance ; c’est l’avantage de travailler sur un monument historique, qui représente en fait un petit marché. Les entreprises spécialisées se connaissent et savent travailler ensemble. A Plaisir, je pense que chacun a pris conscience de la chance de pouvoir travailler sur un chantier comme celui-là. Pour ma part, c’est cette variété d’interlocuteurs que je rencontre via le métier que j’exerce qui m’intéresse et m’enrichit chaque jour un peu plus.