RENOVATION – Église Saint-Pierre – Chapitre 2

26/02
2013
Eglise2

Les dessous de l’église. Lors des travaux d’aménagement du sol de la nouvelle nef, l’archéologue Julien Noblet et son équipe ont découvert, enfouis sous le sol, les vestiges d’un muret. Quels secrets celui-ci peut-il donc renfermer ?

Les dessous de l’église

Lors des travaux d’aménagement du sol de la nouvelle nef, l’archéologue Julien Noblet et son équipe ont découvert, enfouis sous le sol, les vestiges d’un muret.

Quels secrets celui-ci peut-il donc renfermer ?

Questions à …

Julien Noblet, archéologue

L’Essentiel : Pourquoi avoir creusé à cet endroit ?

Julien Noblet : L’emprise des travaux entrepris par la ville entraîne la délivrance par le Service régional de l’Archéologie d’une prescription, laquelle détermine les conditions de  la fouille. Dans la nef, la pose d’une chape de béton par l’entreprise Lefèvre pour aménager un parquet chauffant implique un décaissement du niveau du sol. Nous sommes alors intervenus sur les couches archéologiques amenées à disparaître lors de la réalisation des travaux, c’est ce que l’on appelle l’archéologie préventive.

L’E : Quelle est l’histoire de ce muret ? À quoi pouvait-il servir ?

J. N. : L’arase du mur est visible en surface du revers de la façade jusqu’à la chapelle sud, qui vient l’interrompre. Ce mur témoigne d’un agrandissement de l’église, puisqu’il s’agit des vestiges du premier mur gouttereau du collatéral sud. Il a été détruit lors du réaménagement du collatéral à la fin du XVIIIe siècle. Ce muret, antérieur à la chapelle Renaissance, est le témoin d’un agrandissement au Moyen-Âge.

L’E : Faisait-il partie de l’église ou d’un autre bâtiment ?

J. N. : Nous avons retrouvé d’autres éléments en fouillant près du portail latéral, qui indique un développement à l’origine plus important du bras sud du transept. Nous avons également découvert que le chœur n’était pas à l’origine si développé à l’Est, car il comprenait un chevet plat par la suite augmenté d’une abside à cinq pans.

L’E : Pourquoi ne pas avoir creusé plus profond ?

J. N. : C’est le niveau de pose de la chape qui détermine la prescription et conditionne le niveau des fouilles. La volonté des services régionaux de l’Archéologie est de préserver ce qui n’est pas affecté par les travaux, ne pas détruire afin de conserver les données pour les générations futures.  En contrepartie, cela limite notre connaissance  du sous-sol, car nous n’avons pas pu fouiller jusqu’aux niveaux archéologiques sur lesquels repose le mur.

L’E : Quelle exploitation derrière ? Est-ce conservé ?

J. N. : Une fois la cote altimétrique déterminée atteinte et les relevés topographiques effectués, l’entreprise Lefèvre a versé une couche de sablon afin de protéger le sous-sol archéologique. Le muret, toujours en place, est ainsi conservé et protégé, et n’est pas en contact direct avec le béton.

Lexique

Arase : niveau supérieur d’un ouvrage de maçonnerie, généralement mis bien à plat, servant de base pour la suite de la construction

Mur gouttereau : mur portant une gouttière ou un chéneau terminant le versant de toiture et recevant les eaux

Chevet plat : extrémité du chœur d’une église du côté du maître-autel qui, dans les édifices en croix latine, correspond à la partie de la croix sur laquelle le Christ crucifié posa sa tête

Abside : partie qui termine le chœur d’une église

Cote altimétrique : l’altimétrie est la détermination et la mesure des altitudes d’un lieu ou d’une région donnée. Sa détermination débouche généralement sur la conception d’une carte topographique