RENOVATION – Église Saint-Pierre – Chapitre 1

26/02
2013
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L’art et la matière Sur les charpentes traditionnelles d’autrefois, le poinçon de charpente en extrémité de toiture était généralement saillant (il surmontait les pentes de…

L’art et la matière

Sur les charpentes traditionnelles d’autrefois, le poinçon de charpente en extrémité de toiture était généralement saillant (il surmontait les pentes de couverture).

Le couvreur devait donc réaliser une pièce particulière, généralement métallique, pour recouvrir cette partie de bois exposée aux intempéries. Au fil du temps, afin d’apporter une touche esthétique, ce poinçon est  devenu un élément décoratif façonné suivant diverses inspirations. Il est aujourd’hui appelé épi de faîtage.

Question à …

Éloi Six, couvreur de l’entreprise Gallis

Essentiel : Vous qualifieriez-vous plutôt d’ouvrier ou d’artiste ?

Éloi Six : Personnellement je trouve le qualificatif d’ouvrier trop générique. Nous sommes une entreprise de bâtiment, plus précisément de couverture, nous intervenons quotidiennement aux côtés d’entreprises de maçonnerie et de charpente.

Ensemble nous réhabilitons des ouvrages d’Art. C’est pourquoi je suis attaché au terme de compagnon, terme qui reste attaché à la construction.

En ce qui concerne le qualificatif d’artiste, il me semble aujourd’hui un peu pompeux. Toutefois, si ce terme exige des compétences techniques, de la dextérité, un sens esthétique aigu et de l’imagination, alors je pense que cela correspond tout à fait à nos  compagnons ornemanistes.

Deux couvreurs et un métallier-ferronier, sous la compétence de Laurent Guyard, ornemaniste, ont donc travaillé sur les ornements de l’horloge* et du faîtage. Ces travaux, qui se sont déroulés sur une période de quatre semaines, ont été principalement réalisés en atelier. L’épi de faîtage de Plaisir est une création originale, effectué uniquement selon les dessins préparatoires de la maîtrise d’œuvre.

Portrait

Héléna Pimenta, 27 ans,  Métallier-ferronnier chez Blondel Métal

Essentiel : Sur quelle partie de l’épi êtes-vous intervenue exactement ?

Héléna Pimenta : Je suis intervenue sur les ouvrages de ferronnerie, sur la croix Est avec le coq, sur la hampe Ouest avec le fanion et d’une manière générale sur l’ensemble des structures de support des épis appelées “araignées”.

E. : Comment êtes-vous devenue métallier-ferronnier ?

H.P. : Après l’obtention de mon baccalauréat de littérature, spécialité Arts Plastiques, j’ai poursuivi mes études à Amiens à la Faculté d’Arts Plastiques, spécialité Histoire de l’Art. J’ai arrêté mes études à l’université pour me lancer dans une Formation Professionnelle pour Adultes afin d’ acquérir un Certificat d’Aptitude Professionnel (CAP) de Ferronnier. J’ai ensuite collaboré cinq années auprès d’un artisan, ce qui m’a permis de me perfectionner. Aujourd’hui, je travaille chez Blondel Métal (entreprise spécialisée dans la couverture, filiale de l’entreprise Gallis). En plus d’y exercer mon métier et lorsque les conditions s’y prêtent, mon employeur m’offre la possibilité de m’initier au métier de la couverture en plomb et d’en façonner quelques pièces.

E. : Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

H.P. : La passion inconditionnelle pour le travail de la matière m’anime depuis toujours. Le plomb et l’acier se travaillent aussi bien à froid qu’à chaud. Une certaine ambivalence me séduit dans la mise en forme. Prenons l’exemple de l’acier : une barre de fer, il faut la marteler, la griffer, la trancher… pour en contempler des courbes harmonieuses et une finition soignée.

Historiquement parlant, j’ai la chance de restaurer des ouvrages, des pièces uniques de styles et d’époques différentes et me rendre sur des sites classés. Être au service de mon art dans le domaine du Monument Historique, y associer mes compétences et assurer la transmission d’un savoir-faire est une véritable satisfaction.

E. : Y a-t-il beaucoup de femmes qui pratiquent ce métier ?

H.P. : Cette formation de nos jours est accessible à toutes et à tous, cela pourrait donc être le cas. Néanmoins, je pense qu’il faut être sensible à l’Art et à la matière. Ne pas avoir peur de se salir les mains et de donner de sa personne. Une soif de connaissances et une volonté d’apprivoiser ce matériau noble qu’est l’acier est nécessaire. Il en est de même pour le plomb.

E. : Rencontrez-vous des difficultés particulières en travaillant dans un milieu essentiellement masculin ?

H.P. : S’il est vrai que j’ai ressenti parfois une certaine forme de perplexité auprès de mes coéquipiers, je dirais aujourd’hui que cela a été un élément moteur pour soutenir ma détermination et ma ténacité à la réussite de mon engagement dans ce métier.

Si sur le plan technique je ne rencontre aucun handicap particulier, sur le plan physique cela pouvait être plus difficile. Cependant, les ateliers sont équipés (pour le bien de tous) de treuils, palans, presses hydrauliques, marteau pilon… et ce n’est plus un handicap.

Le travail de la forge reste cependant ardu, mais le plaisir du façonnage et la vision de l’ouvrage qui se dessine peu à peu sous nos yeux permet d’effacer toutes les contraintes.

Après ces expériences passées et la confirmation d’un certain savoir-faire, je dirais que mes coéquipiers masculins sont plutôt réceptifs et encourageants.